Impressions de Bamako

Chaque ville porte en elle son bagage d’imaginaire. Ce bagage elle le partage avec les gens qui la « connaissent », sans nécessairement y avoir mis les pieds. D’une certaine manière, des villes « connues » – des capitales, des pôles économiques, des lieux qui marquent l’actualité – sont des villes que beaucoup de personnes s’imaginent. La peinture mentale d’un lieu lie des images, des sons, des histoires autant que des récits et des rencontres personnelles avec des personnes qui en viennent.

 

Si je me lance dans une réflexion baudrillardienne de comptoir ce matin, c’est parce que je reviens juste de Bamako, au Mali et que j’essaye un peu de déconstruire, a posteri, l’idée que je me faisais de la ville.

En fait, j’aimerais comprendre pourquoi la ville m’a laissée une impression si forte que je peine à la décrire. Pour l’instant je peux juste résumer mon experience par « trop wtf Bamako, et y’avait des motos partout » (et franchement, pour décrire une ville dans un blog qui se prétend carnet de voyage, on a vu mieux).

Bamako est une ville « connue ». Nous sommes nombreux, en France du moins, à en avoir entendu parler et à s’en faire une idée. Pour moi, quand on voyage,  découvrir c’est confronter ce que l’on voit à ce que l’on imaginait. La découverte est une comparaison qui se meut entre l’interne et le dehors. Autrement dit, elle ne sort pas de nul part mais naît toujours d’un imaginaire qui la précède.

Comment imaginez-vous Bamako ? (Fermez un peu les yeux, que voyez-vous ? Une image, une personne, une chanson, une histoire ?)

Avant de décoller de l’aéroport Blaise Diagne de Dakar, moi, je voyais Amadou & Mariam, j’entendais la chanson « le dimanche à Bamako, c’est le jour de mariage ». Je sentais un peu la chaleur du pays et je pensais aux maliens. Je voyais aussi la couleur et les photos de Malick Sidibé. Je me rappelais la guerre au Mali, AQMI les opérations armées au nord du pays, la pauvreté aussi. Mais surtout, en plus d’Amadou & Mariam, les mélodies de Tinariwen, de Boubacar Traoré et de Songhoy Blues résonnaient dans ma tête.

J’avais donc un imaginaire essentiellement sonore de la ville et je ne m’étais pas posée de questions sur sa taille ou sur son apparence. J’étais donc surprise de me faire embarquer sur des kilomètres de bitumes une fois arrivée à l’aéroport Modibou Keïta.

La ville est vaste. Elle s’étend sur 22 et 12 km (267 km² selon Wikipédia). Elle construite d’une part et d’autre du fleuve Niger qui est large, clair et rocailleux. Les routes, larges aussi, le paysage aride et la couleur rouge de la terre m’ont fortement rappelé le sud-ouest américain et les vallées du Nouveau-Mexique.

Mon ami Badara m’a dit qu’il décrirait Bamako comme « une ville rurale », et je vois exactement pourquoi. Bamako l’oxymore…

Les habitations ne sont pas hautes, deux étages en générale, mais on retrouve des constructions monumentales à des endroits variés de la ville : de grandes tours post-indépendance, des statues, des immeubles énormes bâtis par l’ancien dictateur libyen Khadafi (il s’était apparemment fait une arrière-cour au Mali), des hôtels (dont le Raddison Blu tristement connu pour la prise d’otage). Les constructions les plus ahurissantes sont les palais présidentiels et ministériels. Gigantesques et opulents, ils ont des allures de Versailles. C’est pourquoi la ville surprend autant qu’elle impressionne. Le contraste très fort entre ces quelques bâtiments notables et intimidants et le reste de la ville, que l’on sent pauvre et simple, renforce ce sentiment. La majorité des routes sont en terre et la plupart des maisons sont des cases traditionnelles. On dirait que Bamako un monde fermé sur lui-même. Ce n’est pas « une ville globale » « ouverte sur le monde » (c’est le cas de Dakar, par exemple, qui se décrit comme telle et que l’on sent occidentalisée). A Bamako, à part les stations essences Total et quelques hôtels, rien n’était familier à mes yeux d’européennes.

Il faut quand même rappeler que le Mali est en guerre, même si les affrontements n’ont pas lieu à Bamako mais dans le nord du pays (où il est interdit d’aller) il y a beaucoup de check point, dans la ville… Bamako est aujourd’hui une zone orange, il est interdit d’y aller pour du tourisme et il faut éviter les hôtels et centres pour étrangers. En arrivant à l’aéroport on voit la base de la MINUSMA, des avions militaires. J’étais à Bamako pour le travail, donc ça allait, surtout que j’étais la seule blanche au milieu de bamakois et de trois sénégalais, et que nous n’avons pas dormi à l’hôtel. Ce sont surement l’histoire de la dictature, et le présent de la pauvreté et de la guerre qui donnent à Bamako donne l’image d’une ville isolée.

Le vieux centre colonial français, qui a un jour dû être perçu comme « moderne et élégants » par les blancs, parait tout cassé et poussiéreux aujourd’hui, même s’il abrite de nouvelles institutions. Son architecture m’a un peu rappelé le centre de la Nouvelle Orléans, dans le style colonie tropicale.

Nous sommes partis découvrir Bamako de nuit avec notre chauffeur, il nous a conduit pendant trois heures sur des routes vides. Il nous a montré le centre des night-clubs, où le samedi « la voiture ne passe pas, il y a des gens partout », la rue Princesse, le Byblos… les bamakois font la fête le week-end jusque 6h du matin.

En journée on roule mal dans la ville congestionnée, à moins d’être en  deux-roues. Le moyen de transport principal. Scooter, motos… il y en a partout. La plupart sont venus d’Europe. J’ai rencontré un malien dont le fils est en Italie et lui envoie des conteneurs de scooters de Rome – ville jumelle de Bamako à cet égard. Enfin, il y aurait plus de 2 million d’habitants à Bamako et la ville a l’un des taux de croissance démographique les plus élevé du monde (mais il est compliqué d’avoir des chiffres exacts).

Je perds un peu le fil de mon récit ici, mais tout ça c’était pour dire que j’ai du mal à décrire Bamako autrement que par « wtf Bamako, y’a des motos partout ».

Voici en tout cas une carte, que j’ai fait avec l’échelle des 2 kms sur Google Maps, pour vous donner une idée de la taille de Bamako. Sur cette carte, la ville déborde du cadre, tandis que mes autres références, Paris intra-muros, Dakar et Jugon-les-Lacs, tiennent très bien dedans.

Paris Bamako Dakar Jugon
Paris, Bamako, Dakar et Jugon-les-Lacs : 4 métropoles sur une même échelle

 

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