La vie en dehors du stage : une famille, du beurre, le soleil et Twilight

En relisant mon blog (pour essayer de corriger toutes mes fautes de grammaire dignes d’une CE1), j’ai réalisé que je parlais surtout de mon travail. J’ai dû mentionner les « travailleuses et travailleurs informel.le.s oublié.e.s des politiques publiques » plus de 48 fois fois et vous connaissez maintenant le refrain.

C’est vrai que mon stage me passionne et occupe 80% de mes activités. Le fait que j’habite chez mon tuteur de stage et que nos journées soient chargées (les miennes commencent à 8h et finissent souvent après 20h) ne facilite en rien les choses. Cependant, ce dont je n’ai pas encore parlé – et c’est la question que tout le monde se pose maintenant (« tout le monde » c’est-à-dire la famille, les amis, les lecteurs et la France… ou sûrement juste maman) – : que fais-je en dehors du travail ?

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Mardi gras. De gauche à droite : Marie-Hélène, Ahmed, Thérèse, Marie-Maurice, Jeanne, Mamadou, Adèle-Thérèse, Gloria. Ma famille sénégalaise. (© G.Tanvé 2018)

 

cw pour la suite : racontage de liife d’une blogueuse skyblog de 13 ans, détails inintéressants, et pseudo-réflexion sur la solitude épanouissante produite par une certaine forme de vie en communauté

Alors, pour maman (et les autres intéressés) : le soir, après 20h, j’essaye de déconnecter mon cerveau grillé. Je le fais soit en famille, soit avec un roman ou devant un film parce qu’il n’y pas grand chose à faire à Malika. En ce moment je lis les Mémoires d’Hadrien de Yourcenar et je regarde la Saga Twilight (le truc trop nul avec les vampires..). J’avoue aussi passer pas mal de temps sur les réseaux sociaux.

Vous me direz donc qu’entre Edward Cullen, l’empereur Hadrien ou Pablo sur Whatsapp, ma vie est vraiment trop triste. Surtout que je n’ai pas d’amis à Malika à part ma famille. Mais, en fait, aussi étrange que cela puisse paraître, cette situation me convient parfaitement. Je suis heureuse de remplacer mes afterworks en terrasse à Paris par des sessions de dessins avec Mamadou, Ahmed et Até (9, 7 et 4 ans) dans ma chambre.

J’aime ma famille de Malika très fort. Je suis à l’aise dans le cocon de notre foyer et je ne suis jamais stressée socialement (pas comme à Paris). Tous les soirs nous nous retrouvons avec Thérèse et ses sœurs pour discuter un peu et marquer une pause. J’apprécie cette pause encore plus depuis que Marie-Hélène et Marie ont commencé le carême et que cela la transforme en vrai moment de partage et de « fin », puisque 20h correspond à la rupture du jeûne. On boit alors du thé, du café, et on mange. Même si je ne jeûne pas, j’en profite pour sortir mon nez de l’ordinateur et me faire des tartines au beurre (héhé). C’est souvent Marie-Maurice (celle que j’appelle Marie) qui vient toquer à ma porte pour que je les rejoigne, « c’est l’heure » dit-elle, toujours joyeuse, et je la taquine sur son énergie qui ne désemplie pas malgré la journée qu’elle a passé sans boire ni manger. Elle veut que je jeûne avec elle un jour, « par solidarité », mais étant un estomac sur patte j’ai du mal à voir comment j’arriverais à tenir une journée à travailler le ventre vide. Je lui réponds « dimanche prochain je te rejoins ! » et elle rigole (parce que les chrétiens ne jeûnent pas le dimanche).

J’aime me sentir intégrée dans cette famille soudée. Ça m’avait manqué. Je pense que j’ai aussi grandi dans l’habitude de la vie en communauté à la ferme, puis à l’internat au lycée, au 85 à Reims et dans ma coopérative aux Etats-Unis. J’apprécie cette forme de vie collective qui ouvre des espaces de solitude très larges, qui permettent de réfléchir et de se détendre, mais dans laquelle on ne se sent jamais seul. Je suis entourée en permanence à la maison à Malika. En journée avec l’équipe de travail d’Adama (Maguette, Alassane, Aïda, Mame Khar etc.) et Haoua, et en soirée avec les enfants et les sœurs. Les liens entre les membres de la maison et de la famille sont aussi forts qu’évidents. Il y a une façon d’être ensemble qui diffère de mes précédentes expériences de vie commune mais je peine à la décrire (surement parce que beaucoup de choses m’échappent). Mais retenons juste que je suis heureuse, seule et détendue.

Enfin, je mentirais si je disais que c’était tout le temps le cas, car j’ai encore mes petits moments d’anxiété. Livrées à mes pensées, je m’empêche parfois de dormir et essaye de trop planifier mon retour en France. Les termes « futur professionnel », « projet personnel » me hantent et ma dissertation professionnelle, le petit mémoire que je fais en parallèle de mon stage, me stresse. J’essaye néanmoins de prendre une étape après l’autre, de souffler et de profiter du présent. En me centrant sur le « maintenant » et l’ « ici », je prends conscience de la chance incroyable que j’ai d’être aussi bien accueillie par Adama et sa famille. Je ne saurais comment les remercier.

Pour continuer sur ma vie en dehors du stage, le week-end, je romps souvent avec le confortable calme de ma solitude en me rendant à Dakar. J’ai là-bas deux amis géniaux : Jenna, qui est la coordinatrice du Projet Dakar Ville Focale de WIEGO, elle est jeune, adorable et inspirante, et Denzel, un copain de Sciences Po Bordeaux qui fait un stage d’urbanisme aussi, il est pétillant, adorable et réfléchi. Ce week-end nous avons par exemple pris des verres le vendredi et visité l’île de Gorée samedi. C’était trop bien. J’ai aussi rencontré quelques autres personnes chouettes et je découvre progressivement la ville. Je prendrais surement un peu de temps plus tard pour raconter mes explorations dakaroises.

Ainsi, même si mes amis, Pablo, ma famille et Paris me manquent beaucoup, je m’épanouie au Sénégal. Quatre mois pour un stage me semble être une durée parfaite, je viens d’en faire la moitié et je n’ai pas vu le temps passer. Et si j’ai hâte de rentrer à la maison, je réfléchis déjà à revenir. Pas étonnant donc que je ne puisse jeûner avec Marie. Je veux le pain avec le beurre et l’argent du beurre ; la proximité et la distance, la routine et l’aventure, la communauté et la solitude…

Je pense au final que nous sommes tous un peu comme ça, mais que nous devons cesser de trop réfléchir à nos futurs pour aller là où nous nous sentons bien plus instinctivement. Pour cela il faut oser prendre des risques, mais toujours en s’écoutant. Aller vivre au soleil dans une famille de la banlieue dakaroise n’était pas un pari particulièrement risqué, mais il m’a demandé un peu d’audace. Et tant mieux, car me voila en train d’apprendre à lâcher prise en regardant Twilight avec des tartines au beurre à 20h… comme quoi, il n’y a pas que le travail dans la vie

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